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Lettre de Maurice Freund

               Vous trouverez ci-dessous une partie de la lettre d'information de novembre 2013 écrite par Maurice Freund ( Président de Point Afrique ) dans son site internet  Point Afrique Voyages . Personnalité reconnue du tourisme responsable et solidaire, ce grand spécialiste de l'Afrique donne son avis sur la situation dans différents pays ( Mali , Niger , Algérie ,Mauritanie ,Tchad ) . Voici son analyse concernant le Mali . Nous vous engageons à vous connecter sur son site pour lire la totalité de l'article .

                         http://www.point-afrique.com/publication.aspx?nwsl=3&uid=x&z=z

               Maurice Freund écrit:

              " A ceux qui s'interrogent sur l'Afrique Sahelo-saharienne , voici des éléments de réponse qui sont le fruit de mon expérience et de mes nombreux contacts sur place ...Car je pense que nos politiques font fausse route . A vous de juger . "

 

              Voici 23 ans j’occupais le poste de DG d’Air Mali à Bamako. A l’époque, j’ai tenté sans succès d’attirer l’attention des acteurs tant politiques que médiatiques sur une prémisse de danger que j’observais dans le nord du pays :

Un premier phénomène qui aurait dû être suivi de près : L’apparition insidieuse d’un islamisme radical...

En 1990, lorsque j’étais à Air Mali je voyais sur nos vols intérieurs des imams inconnus et d’origines étrangères qui de Gao circulaient de campement en campement -essentiellement soutenus par des tribus arabes du nord Mali. Leur prêche s’accompagnait de constructions de mosquées, mais également de puits et de réalisations à caractère social bien accueillies par les populations locales. Ils posaient ainsi discrètement les bases du rejet de l’Occident dont on subit les conséquences aujourd’hui. Ils faisaient ce que nous n’avons pas su faire depuis les Indépendances !

Un second phénomène se développait en parallèle : La cause touarègue...

Durant la rébellion 1991/1995 j’ai eu l’occasion de rencontrer les acteurs actuels : Iyad ag Ghali et ses lieutenants. De nos rencontres a germé dans mon esprit l’idée de Point-Afrique. Je m’étais engagé auprès d’eux - la paix revenant - à participer concrètement au développement du nord du pays en désenclavant cette région déshéritée et totalement isolée et en m’appuyant sur le volet touristique. Et c’est ce que j’ai fait dès le 22 décembre 1995 en posant un premier vol direct Lyon / Gao, la suite vous la connaissez…

Un troisième phénomène est ensuite entré en scène : Les trafics en tout genre...

Depuis des décennies un intense trafic illégal était installé entre l’Algérie et le Mali. L’Algérie finançait une grande partie des besoins vitaux de sa population grâce à la manne pétrolière… Exemple : Le prix d’un litre de carburant était de 22 centimes d’euro en Algérie, et de près d’1 euro à la pompe au Mali. En 1995 tout ceci faisait l’objet d’un trafic conséquent, mais à l’époque les djihadistes étaient absents.

C’est à partir de la curieuse et importante prise d’otages 1 en février et mars 2003 de 6 groupes de touristes dans le sud algérien par Abderrazak El Para du GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat) que les choses évoluent. Il va se réfugier avec les otages dans l’Adrar des Ifoghas au Mali, puis poursuivi par les services algériens, El Para s’enfuira au Tchad dans le Tibesti où il sera appréhendé par les Toubous qui le remettront aux libyens pour les autorités algériennes (cf. chapitre TCHAD).

Lors du repli au nord Mali son lieutenant Moktar Ben Moktar épousera la fille d’un chef de tribu de la région, celui-ci commencera dès lors à s’adonner au trafic de cigarettes. Dans le même temps se développeront d’autres trafics plus lucratifs : drogue - clandestins - puis otages…

Au fil du temps, la toute petite poignée de djihadistes du départ a été rejointe par d’autres éléments qui fuyaient l’imposante armée algérienne en se réfugiant dans le désert malien.

La coexistence des mouvements rebelles Touaregs et de ces djihadistes était paradoxale et à plusieurs reprises des accrochages entre ces groupes ont eu lieu.

Comment expliquer ce laisser-faire ? Une grande partie des autorités maliennes, en niant et en négligeant l’existence du danger islamiste, avait pour seul objectif de lutter contre les mouvements indépendantistes Touaregs qui se sont radicalisés au fil du temps (rappelons qu’aucun des accords de paix signés par Bamako avec les Touaregs n’a été respecté depuis 1995).

Par ailleurs, il y a eu les compromissions de dirigeants au plus haut niveau de l’État malien qui pour profiter des trafics illégaux soutenaient plus ou moins ouvertement les djihadistes algériens (il faut bien que cette vérité soit connue).

Le président malien ATT (Amani Toumani Touré) avec qui j’ai eu plusieurs entretiens recherchait un consensus et ses rapports avec la France n’étaient pas des plus cordiaux (en raison de son refus de signer le pacte proposé par Sarkozy sur l’immigration choisie). Le « Printemps Arabe » et la guerre en Libye fi rent le reste. Des agents de la DGSE ont promis monts et merveilles aux Touaregs de l’armée de Kadhafi pour favoriser leur retour dans leur pays d’origine avec armes et bagages (les militaires français ont toujours marqué leur sympathie à l’égard des combattants Touaregs).

L’alliance des Touaregs et des djihadistes, bien que contre nature, a conduit au massacre de l’armée malienne (mal préparée et très faible en effectif) dans l’Azawad au printemps 2012. Les Touaregs y ont vu l’occasion de prendre leur indépendance et les éléments islamistes d’y installer leur nouvelle base.

Faute de travail en raison de l’arrêt de nos activités sur cette région du nord Mali, certains de nos partenaires et agents ont été contraints de rejoindre pour les uns les djihadistes, pour les autres les combattants Touaregs. Je me souviens avec tristesse de nos derniers échanges… Je suis profondément déchiré !

Les discussions avec un ami de longue date, devenu ministre de la Défense au Mali et ancien patron des services secrets maliens me laisse perplexe et j’avoue ne plus rien comprendre aux futures stratégies avancées. Ma conviction profonde reste cependant que sans le soutien des populations du nord (et donc sans une entente réelle avec les Touaregs sur des bases probantes et assainies) nous ne verrons pas l’issue de notre aventure militaire dans ce pays. Contrairement aux dires de presque tous les médias, notre armée ne dispose pas de la sympathie des populations du nord… bien au contraire… Nous sommes dans un bourbier sans fin 2.

Seul le respect des différentes cultures, doublé d’une plus grande autonomie des régions, apaisera les haines ancestrales. Bamako et le nord auront alors la clé d’un véritable développement où chacun trouvera sa place.

Depuis fin 2011, le Point-Afrique s’est retiré de ce pays à son grand regret, mais espérons qu’un jour le tourisme pourra à nouveau y jouer un rôle important.

 

1/ Ils seront libérés en 2 fois en avril, puis en mai 2003 sans effusion de sang. 2/ Trop grande connotation à la colonisation ?